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Pont des Arches

Septième avatar du plus vieux pont de pierre de Liège, très important pour la vie de la cité, le Pont des Arches ouvre la voie vers Aix-la-Chapelle et permet la mise en valeur de la rive droite de la Meuse. Lire la suite

Des études menées par l'institut du Patrimoine Wallon ont permis de retracer les différentes étapes de la vie de cet ouvrage remarquable.


Historique

  • Le premier pont de pierre situé dans le prolongement de la rue du Pont est bâti au début du XIe siècle en blocs de grès houiller provenant de Pierreuse (à 300 mètres du pont, derrière le palais). Le prince-évêque Reginard poursuit ainsi la grande oeuvre d'urbanisation initié par Notger. Ce pont sera emporté par une crue dévastatrice du fleuve le 22 février 1409. Jean de Stavelot, contemporain qui nous conte les faits, accuse non seulement le fleuve, mais aussi les riverains qui avaient surchargé l'ouvrage par des maisons construites sur les deux côtés. De plus, ils avaient fragilisé l'ensemble en en creusant les piles pour y aménager des caves ! L'historien Jean Lejeune identifie le pont peint dans le paysage de La vierge d'Autun des frères Van Eyck comme étant le pont des Arches. Cette découverte est sujette à caution, mais si tel est le cas, il s'agirait d'un document iconographique de tout premier ordre. On y voit très nettement la Dardanelle protégeant le pont au sud ainsi qu'un Christ en croix, prédécesseur de celui de Jean Del Cour datant de 1663.

  • Les deuxième et troisième ponts sont implantés dans le prolongement de la rue Neuvice. Le pont est alors orné du Christ en croix de Jean Del Court qui y reçoit l'hommage de chaque passant. En 1691, les boulets de canon tirés par les troupes du maréchal de Boufflers l'endommagent. Vous pouvez le constater lors de votre visite de la cathédrale Saint-Paul. Notons encore que des restes du troisième pont (XVIIe siècle) sont toujours visibles en contrebas de la rue Pied-du-Pont-des-Arches.
  • Les quatre derniers ponts prolongent la rue Léopold, ouverte dans les années 1870.
  • Le pont actuel date de 1947.


  • Liège vue depuis le pont des Arches par Gérard de Nerval

    L'auteur s'attarde d'abord sur le quartier des Halles. En faisant abstraction des nombreux buildings qui envahissent les quais à partir des années 1960, on peut retrouver en partie la vision de Nerval.

    « ...dans les villes anciennes, il faut chercher d'abord le quartier où se tiennent les halles ; là est le noyau, l'alluvion de trois siècles, la population caractéristique. Ce quartier, à Liége, doit à ses rues étroites et tortueuses plutôt qu'à la forme de ses maisons une couleur antique encore prononcée.

    Un carrefour triangulaire, où aboutissent sept ou huit rues, encombré de marchands, de foule et de voitures, rappelle tout à fait le premier décor de la Juive avec sa porte d'église à droite, à gauche une rue en escalier qui descend vers la Meuse, et au fond, une voie plus large qui conduit au pont des Arches, un vrai pont du Moyen Âge fortement cambré, et dont les piles énormes ont dû jadis porter des maisons.

    Il remonte, du reste, à 1100, quoique souvent réparé depuis. Du milieu de ce pont, la vue est magnifique de tous les côtés : les hauteurs de la citadelle et les coteaux qui fuient vers le midi, parés des dernières verdures de la saison, la Meuse qui se perd dans les noires Ardennes, les tours et les clochers de briques que le soleil rougit encore ;

    le faubourg d'outre-Meuse coupé par une autre rivière, l'Ourthe, qui y trace de joyeux îlots : puis, sur le quai de la rive gauche, un vaste emplacement où se tient la foire, où se presse la foule bariolée autour des étalages, des cirques et des bateleurs. »
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    NERVAL, Gérard de. Lorely : Souvenirs d'Allemagne. Paris : D. Giraud et J. Dagneau, 1852.

    Traversée de Liège par Jean-Denys Boussart

    Passionné de folklore et de littérature wallonne, Jean-Denys Boussart habite Outremeuse, sur la rive droite, où il anime avec beaucoup d'allant la vie culturelle et folklorique.

    Prenez plaisir à écouter ce maïeur de la Commune libre de Saint-Pholien-des Prés raconter son cheminement dans les années 1950 entre Outremeuse et Pierreuse.

    « Quand j'avais douze ans, l'itinéraire le plus court et le plus agréable, pour aller de Saint-Pholien à Pierreuse, sinuait - et sinue toujours - par la rue des Ecoliers remplie d'ombre et de fraîcheur avant de s'étendre au soleil, le long du chevet de l'église, la montée vers le pont, le passage de la ligne bleue de la Meuse, demeurée une frontière naturelle pour ceux de la rive droite. Cette audace me valait une gifle du vent, les lazzis des mouettes, une bordée d'injures rauques des remorqueurs. Je pressais le pas, mes paniers d'osier vides sous le bras, pour prendre la tangente par la rue du Pied-du-Pont-des-Arches, sa pharmacie Germain, spécialisée, dès avant Simenon, dans les produits pour pigeons, le cabaret du « Petit bouquet », à l'enseigne des Olivettes, les rails des trams, toujours luisants dans la rue de la Cité, Neuvice enfin. La rue des paysans, disait-on, mais j'en étais un, fils, petit-fils, arrière-petit-fils des horticulteurs de Pierreuse.

    Neuvice était alors un monde à part, quelque chose comme le Grand Bazar de la Place Saint-Lambert, mais avec ses rayons alignés en plein air et à l'étroit. Objets de piété : sainte Catherine, priez pour nous ! L'odeur du cuir et de la poix, des merceries, une modiste toutes voiles dehors, pour les enterrements à la campagne, la bijouterie Bayard, un vannier et le glacier Oscar Respentino, le patron du Mont Blanc, qui avait les rondeurs et l'accent de Sardou. Sardou père, bien entendu... "La Vierge Noire" s'accommodait de "Frou-Frou" ; quant à "La Colporteuse", elle portait sans doute des sous-vêtements de travail.

    Passons ! La place du Marché, un vrai marché, est encore toute bruissante de vie populaire. Le fumet des boulets au jambon, de chez Pâques, se répand dans la rue des mineurs, de vrais boulets comme au temps des botteresses*, servis en sauce, avec des miches beurrées et un oeuf dur.

    Des avocats en toge, sortant des Prud'hommes, traversent la rue du Palais dans une tache de lumière. Et Pierreuse enfin. Le café du Puits rouge, auxiliaire indispensable de la Justice, avec sa troupe de témoins professionnels, doués comme de vieux acteurs, toujours disposés à sécher une pinte et à se porter garants de l'honorabilité et de la solvabilité de qui paye la tournée. »
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    Promenades liégeoises avec Bernard Gheur. Liège : Céfal, 2005

    * Les « botteresses » transportaient du charbon, des légumes et autres denrées dans de hauts paniers.


    Extrait du journal manuscrit de Jean-Philippe Mouhin :

    Année 1825

    « Pendant le mois de mai, on a garni d'un trottoir le pont des Arches. »
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    MOUHIN, Jean-Philippe. Recueil de particularités. 1762 à 1840. 5 vol. (Un manuscrit conservé à la Bibliothèque Ulysse Capitaine).